Libre Édito

Par Fanel Delva

Le régime « Tèt Kale » semble constituer de vrais chrétiens. Il semble que ces disciples du Maître sont toujours prêts à pardonner ceux qui font du mal. À défaut de mettre en application les promesses de sa campagne, Jovenel Moïse, semble vouloir appliquer cette partie de la prière sacerdotale qui dit : « […] Pardonne nous nos offenses, comme nous aussi, nous pardonnons à ceux qui nous ont fait du mal » (Mattieu 6.12).

La cérémonie d’hier est donc l’arbre qui cache la foret. On est très loin de la réalité du désarmement total. Ce qui se disait officiellement est nettement différent de ce qui se disait aux alentours des lieux. Selon une source digne de foi, des hommes de « Ti Hougan » montaient la garde. Ils craignaient une éventuelle attaque des autres groupes de gangs. C’est le premier signe d’une démarche biaisée, de la part des autorités, à travers la commission de désarmement. Donc, il est clair que les bandits ne vont jamais remettre toutes leurs armes. car, ils veulent toujours en mesure de se défendre et contre des gangs rivaux et contre les interventions de la PNH.

D’autres informations font état de mésentente sur certains points dans le protocole d’accord entre les groupes armés et la commission. Des bandits auraient voulu qu’aucune poursuite judiciaire ne soit engagée contre eux. Ce qui serait une bavure de l’État. Car, ne pas engager de poursuite, donnerait le champ libre à d’autres de prendre les armes, de tuer, rançonner la population, s’enrichir, attendre la prochaine cérémonie de remise d’armes. C’aurait été la belle vie. Rien n’est impossible en ce sens. D’ailleurs, le régime « Tèt Kale » est réputé dans le fait de pardonner les criminels notoires, en dépit des évidences. Le Juge Lamarre Bélizaire avait absout Sonson La Familia. On aurait dit Jésus qui disait à la femme adultère : « Où sont ceux qui t’accusaient, femme ? […] Va, et ne pèche plus » ( Jean 8.11).

On est loin d’avoir un désarmement réel en Haïti, encore moins avec Jovenel Moïse au pouvoir. Pour la population, le président est l’incarnation du mensonge, de l’art de la tromperie. Car, depuis deux ans, il n’a tenu aucune promesse de campagne. La cherté de la vie augmente. Il nous faut aujourd’hui 95 gourdes pour un dollar américain. Tout commissionnaire de Jovenel est décrédibilisé automatiquement. Donc, comment espérer que des hommes sans emploi légal vont donner leurs armes, leur gagne-pain ? Comment demander à ces hommes de remettre leur moyen de défense, tenant compte des autres groupes armés dont ils doutent la sincérité de remettre, eux aussi, toutes leurs armes ? Nous sommes donc plus en face d’un show médiatique. La commission veut aider Jovenel, ayant déjà échoué, à baisser un peu la tension.

Si aucune poursuite judiciaire n’est engagée contre ces groupes armés, ce sera encourager encore plus l’impunité. Remettre les armes n’est pas un acte de charité, mais une obligation de la loi haïtienne, qui reconnait la Police Nationale d’Haïti et les Forces Armées d’Haïti comme groupes légaux armés. Toute violation de la loi mérite des sanctions, allégées ou totales. On a plus tendance à croire que l’État veut blanchir les gangs armés. Il faudrait également engager des poursuites contre les « gwo Chabrak » qui les ont armés. Ces jeunes hommes, qui ne travaillent pas, n’ont pas de moyens financiers pour s’acheter ces équipements de guerre. Autrement dit, il faudrait un désarmement en amont, pour éviter les mêmes répétitions en avale.

Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, dans les mêmes circonstances. Sous Préval, Dread Wilmé et Amaral Duclonat, n’avaient-ils pas remis certaines armes ? Mais, y avait-il des poursuites réelles de la part de la justice Haïtienne contre eux ? Conséquence : des jeunes de cité soleil, aujourd’hui, sont beaucoup plus armés que jamais. Ils sont, pour la plupart, des bras armés d’officiels de ce même gouvernement qui dit vouloir les désarmer. Or, ce sont des dirigeants qui ne jurent que les armes pour se perpétuer. D’ailleurs ce sont de vieux fusils remis, sans presqu’aucune grande utilité. Des rafales sont souvent entendues dans la cité. Où sont ces armes automatiques ? D’aucun diraient qu’il y aura d’autres cérémonies. Mais, la grande question est : comment convaincre des hommes qui craignaient une éventuelle attaque de groupes rivaux, de vivre sans les moyens de donner des réponses proportionnelles ?

Fanel Delva

Crédit photo : Luckson St Vil

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