Haïti/Culture

L’artiste, pour reprendre Sartre, est astreint à un double impératif: l’impératif esthétique qui consiste à fabriquer du beau, du sublime. Ce qui renvoie au lieu de la “vie contemplative”. Et l’autre impératif c’est celui de l’engagement. De ce lieu là, Sartre croit que l’artiste n’est pas un illuminé qui cherche à habiter l’espace lointain de la solitude ou un evadé qui cherche refuge sous un ciel toujours clément; mais quelqu’un qui est concient de la réalité, cherchant à provoquer la transformation de cette réalité. L’engagement ici peut être perçu comme une invitation à sortit de sa zone de confort, du moins à se démarquer du discours facile et de la mode, bref une invitation à participer au processus de transformation du monde.

Ainsi l’art est-il appréhendé non seulement comme un outil de production d’émotions, d’émerveillement, mais aussi comme un outil politique, au sens où il peut contribuer à changer le réel social, sinon en provoquer un élan de conscience.

En effet, Jeanjean Roosevelt est de ces artistes Haïtiens qui s’inscrivent non seulement dans cette démarche de création d’émotion, mais aussi qui font preuve d’engagement en embrassant de nombreuses causes assez importantes et pertinentes dans la société.

En fait, de son début avec Balade Max, en passant par ses albums( Recommence, 2007), (Pinga, 2009), (y a dangers, 2012), (Lavironndede, 2016), par son triomphe aux jeux de la francophonie, à date, le natif de Jérémie s’est toujours montré préoccupé par la réalité sociale, politique de son pays, en portant dans de nombreuses chansons un discours à la fois pédagogique et critique, dénonçant nos balbutiements politiques, pointant du doigt nos tares sociales séculaires. Les inégalités, la misère, les violences faites aux femmes, la paysannerie, la corruption, c’est autant de thématiques traitées par l’artiste dans ses chansons.

En ces temps de crise caractérisée par la violence, le banditisme, l’insécurité, mais aussi et surtout par la tendance gouvernementale à étouffer les principales revendications populaires concernant le scandale financier Pétro Caribe, Jeanjean Roosevelt ne se tait pas. En moins d’un mois, l’artiste sort deux compositions( une lettre à ma femme, konplo) de son cru pour dénoncer l’ingérence étrangère dans les affaires internes du pays et le complot ourdi contre le peuple haïtien par l’impérialisme américain en complicité avec les acteurs politiques locaux. Ces titres dénoncent l’hypocrisie des grandes puissances envers Haïti ainsi que la traîtrise de nos dirigeants. Dans “konplo” Jeanjean Roosevelt croit, comme Manigat, qu’il y a un complot contre le bien-être être même du peuple haïtien. Il chante en outre contre l’OEA, cet organisme de “merde” qui pourrit la vie des peuples de l’Amérique. Il fait entendre sa voix et celle de millions d’haitiens qui demandent que justice leur soit rendue dans le dossier Pétro Caribe, en exigeant l’attestation des coupables et la restitution de l’argent volé( plus de 4 milliards de dollars us). Jeanjean est une voix de plus qui se casse de l’univers de la complaisance qui fait l’affaire du système en place.

L’engagement de Jeanjean est surtout féministe. Il est ce rare artiste haïtien dont la question de genre, du moins de l’égalité homme/femme occupe une grande partie de l’espace de ses productions. Il est désormais l’apôtre d’une société d’inclusion où les femmes doivent être traitées à part égale avec les hommes et pouvant jouir des mêmes droits et des mêmes privilèges que les hommes. Son engagement est donc un combat contre ce système machiste, sexiste, d’infantilisation et d’abêtissement de la femme. La chanson culte” donnez le monde aux femmes” resume à elle seule cet idéal féministe, de promotion de l’égalité de genre.

En outre, l’engagement de l’interprète de la chanson “il y a danger”, va au delà des frontières nationales. Ainsi fait-il du réchauffement climatique, son cheval de bataille. Dans la chanson “il y a danger” qui d’ailleurs lui a permis de remporter les jeux de la francophonie, Jeanjean Roosevelt alerte l’humanité sur le danger que représente le réchauffement de la planète. Il met en cause la gourmandise des grandes puissances, l’exploitation à outrance des réserves et ressources naturelles par rapport à ce phénomène qui menace l’humanité. Il dénonce la motivation hégémonique des pays du Nord cherchant par tous les moyens à exploiter les pays du sud. C’est un combat écologique que mène l’artiste pour la sauvegarde et la protection de l’environnement dans une perspective de développement durable.

Jeanjean Roosevelt est l’ariste haïtien qui, par son engagement, rejoint des voix mondialement reconnues qui défendent les plus faibles, l’exploitation des peuples, la voracité de l’impérialisme et la dégradation accélérée de l’environnement. Ainsi l’artiste se démarque t-il de l’art ” fast food” qui n’est qu’une apologie de la médiocrité, un culte de la facilité qui sombre dans des démonstrations à la fois fantaisistes et fanfaronnes. Son art rejoint donc la philosophie sartrienne selon laquelle l’art est astreit à un impératif d’engagement, au sens qu’il doit être au service de la communauté. Jeanjean Roosevelt est donc désormais le nouvel Alpha Blondy haïtien…

John Wesley DELVA.

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