Libre Édito

Le départ de Jovenel Moïse semble renvoyer à un futur lointain. On dirait que la misère, les reproches, les accusations ne tiennent plus. Pourtant, tout empire au jour le jour. Les gangs gagnent du terrain. Ils tuent, terrorisent, imposent leurs lois. Certains proches de Jovenel Moïse, dont Magalie Habitant, Fednel Monchéry et Pierre Rihard Duplan sont interdits de quitter le Pays. Certains sont reprochés de complicité dans le massacre à La Saline. Mais, le président contesté reste au poste, suspendu à un fil. Et personne ne peut profiter de ce fort moment de faiblesse pour le faire tomber.

Au début des protestations contre Jovenel Moïse, l’espoir de tout changer était là. Mais, l’opposition est divisée. Les dirigeants politiques se battent pour le leadership du mouvement contre Jovenel Moïse. Certains se vendent au pouvoir en place. Ils se voient, mais pas dans l’objectif commun : changer le système. Les Petrochallengers, quant à eux, suivent la mauvaise exemple des politiciens qu’ils critiquent. Ils sont divisés en petits groupes. Et c’est le maillon faible dans cette chaine de solidarité.

Tout profite à Jovenel Moïse, impliqué jusqu’au coup dans la dilapidation des 4 milliards de dollars des fonds PetroCaraibes, suivant le dernier audit de la Cour Supérieure des comptes. Avec le contrôle d’une frange importante de la presse haïtienne, les amateurs du pouvoir « Tèt Kale » s’assurent quelques semaines, mois, ou même quelques années de plus au pouvoir. Car, avec une presse vendue qui contrôle l’opinion, des journalistes véreux de qui disent la vérité pour ceux qui croient en eux, c’est un très beau coup du pouvoir en place.

Jovenel Moïse, dépourvu de contenu, prisonnier de ses mensonges de campagne, agit. Il agit comme le Messie en faveur de beaucoup de jeunes qui étaient dans le chômage. La nouvelle promotion des 250 nouveaux officiers des FADH, selon certaines opinions, peut être considérée comme les nouveaux hommes de main pour consolider son pouvoir. Et que dire des militaires démobilisés, armés, à qui personne ne peut demander compte ? D’ailleurs, Jovenel Moïse cherche par tous les moyens à rester au pouvoir.

Autre fait, les gangs armés. Des proches du pouvoir en place sont soupçonnés de connivence avec des bandits. Ils s’établissent dans des zones stratégiques. Dans l’Artibonite, l’un des départements, une fois acquis, donne une grande avance lors des élections présidentielles. D’ailleurs, ces bandits sont mieux armés que la Police Nationale. Ils sont souvent de mèche avec des officiels de l’État.

Il est clair aujourd’hui que la forteresse de Jovenel Moïse se construise. Le président, garant de la bonne marche des institutions, cependant très passif, face au déclin de la société, se conforte dans sa position. Il se moque de savoir si le Pays marche ou pas. L’important, c’est qu’il peut profiter de la largesse de la population haïtienne, croupissant dans la crasse, qui paie encore les taxes, qui reste silencieuse, malgré tant de dérives. Dans ce cas, les bandits légaux semblent mettre le cap sur leur successeur, avec bientôt la complicité beaucoup plus visible de la communauté internationale, qui va exiger la tenue des élections.

Fanel Delva

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