Haïti/Immigration

Face à la misère abjecte qui s’installe de plus en plus en Haïti, des Haïtiens sont prêts à s’enfuir, à tout prix. Ils cherchent des Pays étrangers de partout le monde. Aujourd’hui, c’est la Turquie, et non véritablement les États-Unis, le Chili, le Canada et le Brésil. Payer jusqu’à quatre mille dollars américains pour se rendre à Ankara, la capitale turquoise, une aubaine pour les multiples agences de voyage.

Par Fanel Delva

Le Chili ferme ses portes aux Haïtiens. Les États-Unis qui n’étaient déjà pas trop accessibles, le sont de moins en moins. Les haïtiens, optent pour d’autres Pays qui sont prêts à accueillir des immigrants. C’est le cas de la Turquie, un pays qui s’étend de l’Europe de l’Est à l’Asie Mineure, au moyen Orient. Ce coin de terre dirigé par Recep Tayyip Erdoğan, est très convoité par des citoyens haïtiens.

Ces derniers jours, le flux a commencé. Des agences font miroiter le bonheur. Elles promettent monts et merveilles. La vie parfaite ! C’est le cas de « Hamza Agence de Voyage », qui offre un package de rêve : visa, assurance de voyage, réservation d’hôtel, transport, un (1) mois de logement (internet, nourriture, eau, électricité, gaz), travail et aide d’application de résidence…

Comment ne pas accepter une telle offre, si on est crédule, et qu’on veut à tout prix laisser Haïti, ce Pays d’enfer ? Pourtant, la réalité est bien différente. Une source, depuis la Turquie, tente de nous peindre un tableau à la fois triste et révoltant. « Ces agences rançonnent les compatriotes » dénonce-t-elle. Leur package, fait remarquer subtilement la source, n’est autre qu’un cadeau empoisonné.

Exploiter l’ignorance des compatriotes !

Certaines agences de voyage font payer extrêmement cher pour un visa de séjour pour la Turquie. Des compatriotes haïtiens vont jusqu’à payer sept cent (700) dollars américains pour le visa qui, en réalité, ne coute pas plus que vingt (20) dollars. En Turquie, il y aurait déjà plus d’une soixantaine d’agences de voyage, selon les informations disponibles. Elles jouent à l’intelligence, à bien entendre notre source parler.

Avec un commerce aussi juteux, cela justifie bien la présence d’autant d’agences. Dans le package, seulement l’obtention du visa et le logement seraient respectés. Et quant au logement, il peu y avoir au moins quatre compatriotes entassés dans une petite chambre à coucher. « Après, c’est chacun pour soi ! », nous raconte la source.

Intégrer, résider, travailler… véritable galère

Intégrer la Turquie n’est pas chose aisée. Le facteur linguistique pose toujours problème. Parler Turc n’est pas facile, même pour ceux qui résident là-bas depuis plusieurs années. L’alternative est de parler l’Anglais ou L’Espagnol, car l’Anglais connait une montée impressionnante, dans un pays qui compte en 2019, plus de 83 millions d’habitants. Pour s’en sortir, il faudra être en mesure d’enseigner soit l’Anglais ou l’Espagnol également. Ce qui, selon notre source, permet de vivre « comme être un humain ».

Sans la langue, pas d’intégration possible. Et si l’intégration n’est pas effective, trouver un bon boulot devient quasiment impossible. Délaissés, désappointés, certains compatriotes sont obligés d’aller travailler dans le secteur de la sous-traitance. Ils sont payés trois cents (300) à trois cent cinquante (350) livres turques par semaine, soit l’équivalent de moins de cent (100) dollars américains. Une somme qui ne les permet pas de vivre dans ce pays à 98% musulmans, où certains services de base, comme la santé, restent un luxe avec un pareil salaire.

Pire encore, ces compatriotes n’ont pas le droit de tomber malade, s’ils n’ont pas un bon job ou ne détiennent pas une carte d’assurance. « Ils sont mal traités à l’hôpital. Ils ne reçoivent pas un service de qualité. Certains organes sont enlevés et vendus, une fois morts », raconte notre source, qui veut garder l’anonymat. Elle déplore que des femmes haïtiennes, pour survivre, soient obligées de se prostituer. Le prix varie entre cinquante (50), cent (100) et cent cinq cinquante (150) livres Turques.

Des haïtiens en détention…

En Turquie, certains de nos compatriotes croupissent en prison. Ils n’ont pas été jugés pour vol ou crime, mais parce qu’ils ont vu leur demande de résidence refusée. Ces haïtiens devaient quitter le pays, mais sont restés sur le territoire turc, faute d’argents. Certaines fois, ils peuvent réappliquer pour la résidence, mais il faut laisser la Turquie, et séjourner dans un pays voisin. La Géorgie, par exemple.

À date, aucunes données officielles sur le nombre d’immigrants Haïtiens en Turquie ne sont disponibles. Mais, notre source nous indique qu’ils sont nombreux, légaux ou non. Aujourd’hui, des haïtiens cherchent des terres d’accueil. Ils essaient de fuir la misère d’Haïti, car ils veulent mieux vivre. Ils sont poussés par l’envie de pouvoir manger à leur faim, le besoin de vivre comme des humains, et l’insécurité à tous les niveaux.

Entretemps, le pays ne fonctionne pas. Pas de gouvernement depuis bientôt six (6) mois. L’insécurité qui s’étend dans les recoins du pays, donne une raison de plus à certains haïtiens de fuir, la vie étant banalisée. Se retrouver dans un pays autre qu’Haïti, c’est tout ce dont ils ont envie. La Turquie, cette planche de salut semble devenir mer troublée, dont les vagues en furie font couler la barque de beaucoup d’entre eux.

Fanel Delva

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